Elle fait le bonheur des amoureux, mais pas celui des
fleuristes. La rose rouge va à nouveau se vendre par millions demain sur la
planète entière. La demande explose, l'offre stagne, le marché est très tendu et
les vendeurs y laissent une bonne partie de leur marge au passage.
Elle est symbole d'amour torride. Et ces jours, elle est la favorite des
mâles sans imagination. La rose rouge cartonnera de nouveau demain à l'occasion
de la Saint-Valentin. Cette fleur est en effet le best-seller incontesté de la
fête des amoureux.
Au grand bonheur des fleuristes? Sûrement pas! «On devrait les boycotter ces
roses rouges! Elles sont tellement chères. C'est de la folie», tonne Georgette
Wasser, de chez Florès à La Chaux-de-Fonds. «Le gros problème, c'est qu'il n'y
en a pas assez. La Saint-Valentin a lieu en même temps partout dans le monde. Et
certains marchés qui se sont ouverts, comme la Russie et la Chine, sont très
friands de ces roses», explique Marianne Martin, présidente de l'Association
romande des fleuristes.
Si la demande explose, pourquoi ne pas étendre l'offre? Parce que les lieux
de culture industrielle ne sont pas extensibles. Les pays producteurs sont avant
tout la Hollande, l'Equateur et la Colombie. Viennent ensuite le Maroc, le Kenya
(les récents troubles politiques n'ont semble-t-il guère eu d'effets sur la
production), la France et l'Italie. Et aussi la Suisse.
Tous ces producteurs font face à la difficulté fondamentale de mettre
suffisamment de roses sur le marché au moment unique et précis du 14 février.
Impossible, même si la science a sélectionné des variétés qui peuvent rester
fraîches parfois encore plusieurs semaines après la coupe.
Forte demande, offre qui plafonne, la pénurie menace et les prix grimpent.
Certaines roses sont achetées aux grossistes 4 francs pièce par les vendeurs de
fleurs, plus du double qu'en temps normal. Résultat, les fleuristes ne peuvent
répercuter la hausse qu'en partie, réduisant leur propre marge à peau de
chagrin. «Parfois, on prend même le risque d'y laisser la marge pour contenter
notre clientèle d'habitués. Pour gagner quelque chose à la Saint-Valentin, il
faut absolument réussir à commander l'exacte quantité de roses qu'on pourra
vendre», indique Pedro Boldt, fleuriste au Landeron.
L'effet visible de l'escalade des prix, c'est que les mâles acheteurs ont
depuis quelques années restreint la taille des bouquets de roses qu'ils offrent.
Georgette Wasser s'en désole. «C'est fini les gros bouquets. Vu le prix, les
gens achètent une ou trois roses. C'est tout». Et la tendance n'est pas prête de
s'inverser. «Ça augmente de plus en plus et ce n'est pas fini. Il faudrait que
les mentalités changent. Que les hommes choisissent d'autres fleurs pour
exprimer leur amour», estime Marianne Martin.
Dès demain soir, les fleuristes vont se dépêcher d'oublier cette
Saint-Valentin pour attendre la Fête des mères, bien plus intéressante pour eux.
Car en mai, aux mamans, on offre des fleurs plus variées, de saison et produites
localement. Ce qui promettra cette fois-ci aux fleuristes des marges
intéressantes. /PDL