«Miser sur la qualité»

A quelques centaines de mètres de Crousaz Fleurs, les anciennes serres de Mark & Schlageter, ex-numéro un suisse de la fleur coupée disparu en 2007, attendent, inexploitées. L'ancien fleuron chablaisien avait lui aussi fait les frais de la concentration du marché. Olivier Mark, patron de M & G, avait même déposé une plainte auprès de la Commission de la Concurrence (Comco) pour abus de position dominante de Coop et Migros. Une enquête est en cours auprès de la première nommée.

Si Jean-Marc Crousaz admet que l'essentiel pour lui «c'est qu'à la fin de l'année, on s'en sorte», l'entreprise familiale a dès le début de son aventure, dans les années 40 à Lausanne, fait le pari de ne pas livrer les filières de la grande distribution pour miser sur un marché de niche. Aujourd'hui quelque 150 fleuristes constituent son réseau de clients spécialisés.

Avec un seul mot d'ordre: des fleurs de qualité. «En Suisse, on ne peut pas faire dans le bas de gamme, les gros acheteurs trouveront toujours moins cher à l'étranger pour ce type de produits. Notre force, c'est le service et la proximité, de pouvoir livrer sur demande, d'être flexibles.» Les huit camions de Crousaz Fleurs tournent d'ailleurs à plein régime en Suisse romande à la veille de la Saint-Valentin, période la plus chargée de l'année. «Pour les roses, nous travaillons à perte, mais cela permet de fidéliser le client.»

Malgré les difficultés, Jean-Marc Crousaz reste convaincu qu'une place existe pour la fleur suisse à condition de sensibiliser la clientèle aux vertus de la production locale. Première action dans ce sens ce jeudi 14 février: la distribution de 1500 plantes sur la place Saint-François de Lausanne par Jardin Suisse, association faîtière des horticulteurs.

L’ancêtre du krach: la tulipe!

Un bulbe de tulipe vendu trois fois le prix d’un Rembrandt? Oui, cela a existé entre 1636 et 1637, lors de ce que l’on a appelé la «tulipomania». Bien avant le krach de 1929 ou ceux, plus récents, de l’internet ou du «subprime», la Hollande a ainsi spéculé sur le prix de la tulipe, conduisant de nombreux investisseurs à la faillite. La fleur – symbole d’amour et d'attachement – peut donc tout aussi facilement se transformer en Fleur du mal baudlérienne. Importée d’Asie dans les années 1620 en Europe, la fleur a très rapidement gagné le cœur et le porte-monnaie des riches Bataves. La tulipe avait en effet la particularité de se décliner sous toutes les couleurs. Or, la rareté de ses bulbes a logiquement conduit à une flambée des prix.
Puis à la naissance d’un marché à terme, où les prix se fixaient plusieurs mois à l’avance. Mieux: ces promesses d’achat – telles les options – sont elles-mêmes devenues l’objet d’un marché parallèle. Jusqu’au jour où certains «joueurs» n’ont plus suivi. En février 1637, le marché de la tulipe s’effondre soudainement, perdant 99% de sa valeur, ruinant des dizaines de milliers de Hollandais. (ee)