Fleurs suisses, c'est loin d'être rose
Par Super offre de crédit euros rachat finance le mercredi, février 13 2008, 13:46 - Economie - Lien permanent
A la veille de la Saint-Valentin, le marché de la fleur coupée est en ébullition et la concurrence est féroce. Exemple à Yvorne.
«Quand mon père s'est installé à Yvorne en 1975, 1665 tonnes de fleurs étrangères entraient en Suisse contre 2000 tonnes de fleurs indigènes. Aujourd'hui, la production suisse n'a pas vraiment bougé, mais 8000 tonnes qui sont importées chaque année.»
En disant cela, Jean-Marc Crousaz semble avoir tout dit. La faute aux prix bien moindres du Kenya, d'Amérique du Sud, ou même de Chine. «Les grandes surfaces principalement Coop et Migros absorbent 75% du marché suisse en quantités. Et sur cette masse, 5% seulement est produite en Suisse», précise le représentant de la troisième génération de Crousaz Fleurs, l'une des principales entreprises de fleurs coupées de Suisse.
De quoi mettre à mal bien des sociétés du secteur ces dernières années. Encore au nombre de 73 en 2000, leur nombre est tombé à 53 en 2006. «Nous ne sommes qu'une dizaine en Suisse romande. Et il est devenu trop cher de créer une nouvelle entreprise compte tenu des investissements sur les infrastructures ou de la forte hausse des prix de l'énergie (n.d.l.r., dont la majeure partie sert à chauffer les serres en hiver).»
«Miser sur la qualité»
A quelques centaines de mètres de Crousaz Fleurs, les anciennes serres de Mark & Schlageter, ex-numéro un suisse de la fleur coupée disparu en 2007, attendent, inexploitées. L'ancien fleuron chablaisien avait lui aussi fait les frais de la concentration du marché. Olivier Mark, patron de M & G, avait même déposé une plainte auprès de la Commission de la Concurrence (Comco) pour abus de position dominante de Coop et Migros. Une enquête est en cours auprès de la première nommée.
Si Jean-Marc Crousaz admet que l'essentiel pour lui «c'est qu'à la fin de l'année, on s'en sorte», l'entreprise familiale a dès le début de son aventure, dans les années 40 à Lausanne, fait le pari de ne pas livrer les filières de la grande distribution pour miser sur un marché de niche. Aujourd'hui quelque 150 fleuristes constituent son réseau de clients spécialisés.
Avec un seul mot d'ordre: des fleurs de qualité. «En Suisse, on ne peut pas faire dans le bas de gamme, les gros acheteurs trouveront toujours moins cher à l'étranger pour ce type de produits. Notre force, c'est le service et la proximité, de pouvoir livrer sur demande, d'être flexibles.» Les huit camions de Crousaz Fleurs tournent d'ailleurs à plein régime en Suisse romande à la veille de la Saint-Valentin, période la plus chargée de l'année. «Pour les roses, nous travaillons à perte, mais cela permet de fidéliser le client.»
Malgré les difficultés, Jean-Marc Crousaz reste convaincu qu'une place existe pour la fleur suisse à condition de sensibiliser la clientèle aux vertus de la production locale. Première action dans ce sens ce jeudi 14 février: la distribution de 1500 plantes sur la place Saint-François de Lausanne par Jardin Suisse, association faîtière des horticulteurs.
L’ancêtre du krach: la tulipe!
Un bulbe de tulipe vendu trois fois le prix d’un Rembrandt? Oui, cela a
existé entre 1636 et 1637, lors de ce que l’on a appelé la «tulipomania». Bien
avant le krach de 1929 ou ceux, plus récents, de l’internet ou du «subprime», la
Hollande a ainsi spéculé sur le prix de la tulipe, conduisant de nombreux
investisseurs à la faillite. La fleur – symbole d’amour et d'attachement – peut
donc tout aussi facilement se transformer en Fleur du mal baudlérienne. Importée
d’Asie dans les années 1620 en Europe, la fleur a très rapidement gagné le cœur
et le porte-monnaie des riches Bataves. La tulipe avait en effet la
particularité de se décliner sous toutes les couleurs. Or, la rareté de ses
bulbes a logiquement conduit à une flambée des prix.
Puis à la naissance
d’un marché à terme, où les prix se fixaient plusieurs mois à l’avance. Mieux:
ces promesses d’achat – telles les options – sont elles-mêmes devenues l’objet
d’un marché parallèle. Jusqu’au jour où certains «joueurs» n’ont plus suivi. En
février 1637, le marché de la tulipe s’effondre soudainement, perdant 99% de sa
valeur, ruinant des dizaines de milliers de Hollandais. (ee)










